Données générales

Les ouvrages défensifs du Mur de l'Atlantique sont construits suivant des règles standards (Regelbauten). Ils sont classés suivant leur destination, leur taille, leur résistance, les types d'armement prévus, etc. La variété des ouvrages standards permettra à l'Organisation Todt de les préfabriquer et de les assembler librement en autant de combinaisons voulues, élément par élément.
Viennent ensuite les adaptations des plans liées aux différentes implantations topographiques et aux origines des armes installées. Les aménagements varieront selon qu'il s'agit de blockhaus construits pour la Heer, la Luftwaffe ou la Kriegsmarine. D'ailleurs, une lettre précède le numéro de référence de l'ouvrage et distingue les différentes forces armées allemandes. H pour la Heer, L pour la Luftwaffe et M pour la Kriegsmarine. Ce qui donne des codifications rédigées comme le montrent les quelques exemples suivants : H 611 (casemate pour canon de campagne), L 425 (abri avec défense antiaérienne lourde en encuvement) ou M 182 (Projecteur de côte)...
On trouve encore le code "VF" pour les ouvrages semi-permanents de campagne, le code "FL" pour la Flak de la Kriegsmarine, le code "S" pour les unités lourdes et la lettre "V" pour les ouvrages à caractère technique.
Il est à noter que les casemates prévues pour constituer des abris particulièrement résistants et étanches au gaz présentaient des murs de béton de 2 mètres d'épaisseur. Nous laissons là de côté, les bases sous-marines et les site de lancement pour armes secrètes qui consommaient infiniment plus de béton...
En 1944, l'Organisation Todt employa pour la France pas loin de 300 000 travailleurs, toutes nationalités confondues. Et avant le Débarquement, 600 000 tonnes de béton seront encore coulés par l'OT.
Mais venons-en aux éléments constitutifs d'un blockhaus. En voici quelques uns qui sont abordés ci-dessous.
La ventilation
Les abris bétonnés logeaient de nombreux soldats dans un espace restreint. En outre, certains modèles de poêle pouvaient consommer de l'oxygène ambiant. Enfin, de par leur étanchéité aux gaz, les abris devaient posséder obligatoirement un système parfaitement efficace de ventilation avec la possibilité de décontaminer l'air entrant.
Vous pourrez à l'intérieur du Grand Bunker, découvrir une salle de ventilation complète et bien entendu adaptée à la taille de cette Sonderkonstruktion. Le panneau que vous pouvez apercevoir sur la photo ci-dessus dans son angle inférieur droit, rappelait les consignes à suivre en cas d'attaque par les gaz. De nombreuses autres indications inscrites sur le béton rappelaient en différents endroits les consignes à suivre dans chaque situation.
Le type de ventilateur le plus couramment installé dans les abris bétonnés avait un débit de 1,2 m³ par minute. C'est le ventilateur HES 1.2 (Heeres-Einheits-Schutzlüfter).
L'air entrant passait en premier lieu par un filtre dépoussiéreur. L'air ainsi filtré arrivait au ventilateur, actionné par un jeu de mannivelles ou électriquement. En cas d'attaque aux gaz, une cartouche intermédiaire était installée entre le ventilateur et l'arrivée d'air. On peut d'ailleurs apercevoir les cartouches de réserve rangées au sol sur la photo ci-dessus.
L'air ainsi nettoyé repartait dans les conduites d'aération pour être restitué à l'intérieur de l'abri. L'air intérieur pollué et en surpression était évacué à l'extérieur par des bouches de surpression à contrepoids.
Hors combats, l'abri était ventilé naturellement par les portes laissées ouvertes.
Le chauffage
Trois poêles principaux servaient de chauffage à l'intérieur des abris. Le WT 80, sans plaque de cuisson (ohne Kochplan) ; le WT 80K, avec plaque de cuisson (mit Kochplan) et WT 120 qui possédait aussi une plaque de cuisson. Cette dernière permettait aux soldats de chauffer leur gamelle ou du café à leur retour de garde...
La grande différence entre ces modèles de poêle tient surtout au fait que pour le modèle WT 120 une arrivée d'air extérieure évitait que le poêle consomme de l'oxygène dans la pièce où se trouvaient les soldats.
Les hommes devaient suivre scrupuleusement les consignes pour éviter toute asphyxie au monoxyde de carbone et des rappels signifiés sous différentes formes ne manquaient pas de leur rappeler. Le problème était suffisamment pris au sérieux puisque les abris disposaient d'équipements spéciaux pour faire face à une éventuelle dispersion du très toxique monoxyde de carbone, gaz qui, rappelons-le, est totalement inodore.
Le poêle présenté au Grand Bunker est un poêle de type WT 80K.
Le repos
Les lits sont escamotables, au besoin, comme dans la Kriegsmarine pour libérer de la place. Il s'agit de lits tubulaires et superposés. Ils sont généralement installés par trois. Quelque fois les structures de literie peuvent être en bois.
Les transmissions
Le Grand Bunker abritait un important centre de transmissions. Vous pourrez ainsi voir à quel point les transmissions allemandes étaient variées et sophistiquées. Le Mur de l'Atlantique pour jouer son rôle défensif à plein devait être en mesure de faire communiquer de manière particulièrement efficace tous ses éléments constitutifs. Chaque positions fortifiées disposaient de multiples moyens de communication. Ils allaient des simples tubes accoustiques aux multiples postes de transmissions radios en passant par des instruments de signalisation optiques et des téléphones variés. Dans la catégorie des téléphones, le simple téléphone de campagne et le téléphone mural sont très utilisés. Les cables reliant les différents appareils filaires étaient blindés et enterrés. Pour les appareils utilisant des bandes de fréquences en émission-réception, des puits spéciaux permettait le déploiement d'une antenne à l'extérieur du toit.
La salle des transmissions du Grand Bunker est amplement garnie. Elle vous permettra de balayer un vaste et riche échantillonnage de matériels essentiels à la vocation du Mur de l'Atlantique et notamment un imposant central téléphonique propre aux Postes de Commandement.
Les soins
Les positions défensives du Mur de l'Atlantique disposaient de différentes infrastructures médicales. Les installations couvraient un spectre qui allait du bloc sanitaire bétonné de premiers secours au centre hospitalier sous abri. Sur le littoral on rencontrait fréquemment des abris renforcés de différentes tailles qui faisaient office d'Infirmerie.
Les infirmeries lourdes peuvent, suivant leur plan de construction, compter un sous-sol destiné aux différentes machineries. De manière générale elles disposent de plusieurs salles de soins, de chambrées pour blessés...
Comme les autres abris, on voyait souvent des Ringstands qui se trouvaient intégrés au blockhaus principal.
Pour les blessés graves, ces derniers étaient la plupart du temps acheminés vers des hôpitaux appropriés.
L'armurerie
L'armurerie du Grande Bunker met en scène un arsenal d'armes en tout genre et illustre à merveille la diversité des munitions dont un point d'appui devait disposer pour tenir retranché derrière le Mur de l'Atlantique... Les soldats, théoriquement, devaient pouvoir soutenir un siège de 60 jours !
Les vivres
Chaque point d'appui devait stocker des vivres en prévision d'une confrontation avec l'assaillant qui le couperait de ses arrières. Cela répondait encore à la directive N° 40 d'Hitler excluant la possibilité d'une reddition par manque de vivres ou de munitions. Il fallait résister jusqu'à la limite extrême !
La protection rapprochée
La plupart des constructions du Mur de l'Atlantique possédaient des créneaux de tirs intérieurs prenant en enfilade le l'espace menant à l'entrée. Le dispositif comptait une embrasure munie d'une plaque de blindage coulissante, au travers de laquelle il était possible de faire feu à l'aide d'une mitrailleuse.
Un créneau de défense extérieur pouvait s'ajouter à la couverture intérieure. Il consistait en une embrasure permettant de couvrir l'entrée perpendiculairement. Comme le créneau intérieur, ce créneau était muni d'une plaque de blindage coulissante.
Puis venaient les différents plans de Ringstands avec mitrailleuses, cloches blindées ou tourelles de chars.
Les canons de Flak pouvaient parfois être mis à contribution et suivant la logique de couverture mutuelle des différents éléments défensifs, pouvaient faire feu sur des cibles terrestres.
L'Observation et la Direction de Tir
Hitler ordonna dès 1942 (toujours dans la fameuse directive N° 40) le déploiement de plusieurs lignes de défenses en profondeur sur le littoral du Front Ouest.
Bien souvent les batteries côtières formaient la seconde et dernière ligne de défense.
Il fallait donc à ces batteries dites aveugles un Poste d'Observation et de Direction de Tir. Mais cela reste également vrai pour les batteries côtières qui pouvaient surveiller directement l'horizon maritime qui s'offrait à elles. Pourquoi ?
Tout simplement car le Poste d'Observation et de Direction de Tir, pour remplir son office est doté en premier lieu d'un télémètre, un puissant appareil optique. Celui-ci permet de calculer la distance à la cible. Donnée qui permet ensuite au Poste de Direction de Tir de calculer l'angle de trajectoire à donner aux canons pour qu'ils réussissent un tir au but sur leur cible marine. Pour finir le Poste de Commandement synthétise les données du Poste de Direction de Tir et transmet les ordres pratiques de tir.
Les deux niveaux du Grand Bunker permettent de saisir aisèment le lien entre l'Observation, le Poste de Direction de Tir et le Poste de Commandement.