Le destin du n° 4 Commando depuis les plages de Sword

5 h 47 au matin. Les premiers obus tombent sur la ville. La population est terrorisée depuis déjà de nombreuses heures. Pendant la nuit, une multitude d'avions a traversé le ciel et des bruits de bataille se sont fait entendre dans le secteur de Bénouville.
A cette heure, ce ne sont plus des tirs d'armes légères qui embrasent le ciel, mais des obus de 380 mm... ceux du croiseur Frobisher qui atteignent des maisons. Elles s'effondrent comme des châteaux de cartes. Pendant un peu plus d'une heure, les deux batteries de Ouistreham seront prises sous les feux, plus ou moins précis, du croiseur Frobisher.

"Ouistreham en guerre - Sword Beach - Juin 1944" aux Editions Heimdal, par Fabrice Corbin, Conservateur du Grand Bunker, le Musée du Mur de l'Atlantique.

6 h 45. Un pilonnage d'une violence inouïe arrose le littoral. En une quinzaine de minutes, des milliers d'obus et de roquettes s'abattent sur les plages de Sword et ses proches abords.
7 h 30 . Les bérets verts du Commando n°4 prennent pied sur la plage de Colleville-Montgomery. Ils ont été précédés de 20 minutes par un régiment du East Yorkshire qui a pour mission de pratiquer des brèches dans les réseaux de barbelé et les champs de mines. Les soldats de ce régiment ont été taillés en pièces par les défenses allemandes : morts, blessés et véhicules en flammes jonchent la plage.

"Ouistreham en guerre - Sword Beach - Juin 1944" aux Editions Heimdal, par Fabrice Corbin, Conservateur du Grand Bunker, le Musée du Mur de l'Atlantique.

Les 600 hommes du commando franco-britannique se jettent sur les casemates allemandes sous les feux croisés des mitrailleuses et des mortiers allemands. Les derniers bunkers sont réduits à la grenade et au P.I.A.T. Les roquettes à charge creuse ont un effet extrêmement meurtrier sur les servants des pièces anti-char. En vingt minutes, toutes les troops sont débarquées et le mythique Mur de l'Atlantique est franchi. Les rassemblements se font dans les ruines des colonies de vacances de Colleville.
Environ 40 commandos sont restés sur la plage, morts ou blessés. Malgré ses blessures reçues lors du débarquement, le commandant Philippe Kieffer rameute rapidement ses hommes et récupère une troop anglaise qui a perdu son officier. Après un rapide briefing, les 210 soldats se lancent enfin à l'assaut de la forteresse de Ouistreham.
Il est alors 8 h 20.

"Ouistreham en guerre - Sword Beach - Juin 1944" aux Editions Heimdal, par Fabrice Corbin, Conservateur du Grand Bunker, le Musée du Mur de l'Atlantique.

Deux troops prennent la route de Lion, une autre, le boulevard Maréchal-Joffre. Ces deux axes sont parallèles aux bords de plage.
Les casemates et les nids de mitrailleuses pris à revers sont nettoyés un à un, certains au lance-flammes, arme idéale et persuasive pour ce genre de combat. Les défenses allemandes n'ont pas été totalement anéanties par les bombardements. Les défenseurs du camp retranché réagissent de toutes leurs armes. Les Snipers embusqués dans les villas font des ravages dans les rangs des commandos.

"Ouistreham en guerre - Sword Beach - Juin 1944" aux Editions Heimdal, par Fabrice Corbin, Conservateur du Grand Bunker, le Musée du Mur de l'Atlantique.

Il est environ 9 heures, quand les commandos français atteignent leur objectif : le fortin du casino. La progression de la troop est stoppée au bout de la rue Pasteur, par des obus de 20 mm tirés depuis le casino. Un providentiel mur anti-char obstrue complètement la rue et protège les commandos des tirs meurtriers. Ceux-ci tentent de mettre en batterie les P.I.A.T. et les K. Guns. Leur initiative est immédiatement récompensée par des salves d'obus et une grêle de balles de MG, tirée à la fois du casino et du belvédère, ce dernier situé à la gauche des bérets verts.
Le commandant Kieffer analyse très rapidement la situation. Au bout de quelques minutes d'engagement, déjà deux hommes ont péri et de nombreux blessés gisent dans les décombres des habitations alentours. Il serait fou de tenter un assaut de force du casino. Le fossé anti-char et les denses réseaux de barbelé interdisent toute option de ce genre.

"Ouistreham en guerre - Sword Beach - Juin 1944" aux Editions Heimdal, par Fabrice Corbin, Conservateur du Grand Bunker, le Musée du Mur de l'Atlantique.

La troop 8 et les sections K. Guns, qui ont emprunté les rues parallèles à la plage, sont elles aussi stoppées à 300 m à la gauche du casino et comptent de nombreuses victimes. A cette heure, les troop anglaises ont emboîté le pas des Français et se sont infiltrées dans toute la ville sous la protection des chars Duplex Drive du 13/18 Royal Hussars. Le commandant déroute l'un des leurs et' s'installe à côté de sa tourelle dirigeant ainsi le tir du blindé : deux coups dans le canon du casino qui se tait immédiatement. Nouvelle cible : le belvédère. Quatre obus, la pièce bascule dans le vide, les servants anéantis. A cet instant, les commandos surgissent de partout et donnent l'assaut final sur le fortin. Les Allemands, sentant la partie perdue, sortent par groupes des souterrains et des blockhaus et se rendent. Les plus récalcitrants sont vite persuadés à grand renfort de lance-flammes et de grenades offensives.

"Ouistreham en guerre - Sword Beach - Juin 1944" aux Editions Heimdal, par Fabrice Corbin, Conservateur du Grand Bunker, le Musée du Mur de l'Atlantique.